Dimanche 16 décembre 2007
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Le vent faisait des siennes et la nuit déversait son crachin sur la ville. C’était minuit. Amiens paraissait morne et triste. Tout encourageait à la morosité. J’étais sur mon vélo
et faisais gaffe à la chaussée glissante. Soudain, je les ai vues. En passant devant l’hôtel de ville. Sous la pluie froide, deux jeunes filles mimaient un air d’opéra. Elles riaient en
effectuant leur numéro improvisé de cantatrice.
Comme elles, je sortais de la Maison de la Culture où je venais d’assister à la représentation d’un opéra de Rossini. Les deux chanteuses d’occasion m’ont aperçu. Elles ont ri et m’ont
crié : L’Italienne ! en levant les deux pouces pour signifier leur contentement. J’ai souri. Oui, L’Italienne à Alger ! Quel
bonheur ! Quel joie de voir les spectateurs se disperser après le spectacle l’air ravi et détendu, d’entendre ma nièce de 16 ans s’exclamer que « c’était
génial ! », d’écouter une copine enseignante dire qu’elle s’était follement amusée alors qu’elle craignait de s’ennuyer. Et puis, cette autre lycéenne, confier que
« franchement, l’opéra, a priori c’était pas mon truc…C’était la première fois que j’y allais, plutôt à reculons mais là c’était vraiment…sensationnel ».
Le spectacle était vivant et drôle, très beau, magnifiquement interprété, plein de finesse, joué avec intelligence. On jubile de voir les personnages essayer d’attraper le fil du désir
qui court tout au long de l’histoire, qui passe de l’un à l’autre, comme un courant alternatif, et rend électriques et maboules les protagonistes de cet opéra comique. Il faut saluer la
mise en scène simple, légère, efficace, poétique et pleine d’humour de Sandrine Anglade. Mais la mise en scène ne fait pas tout. Il faut que tout s’accorde. Dans cette Italienne,
la réussite est totale : prestation des chanteurs acteurs, tenue du chœur, interprétation de l’orchestre sous la baguette de Pascal Verro, beauté des décors et des costumes.
Après la somptueuse et féerique Flûte enchantée déjà coproduite il y a deux ans, avec l’opéra de Lille, l’Orchestre de Picardie continue pour notre bonheur son aventure lyrique.
Ce soir là, les gens rentraient chez eux le sourire accroché aux lèvres. Je pédalais dare-dare sur mon vélo des étoiles dans la tête. La nuit était belle et même la pluie soudain me
paraissait idéale. J’avais le sentiment d’être plus heureux et un peu moins seul sur terre.
Comme un cadeau de Noël avant l’heure.
Thierry Bonté
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par Le Club
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